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Monde rural: Dans l’univers coloré des marchés hebdomadaires

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Le département de Podor, compte quelque quinze marchés hebdomadaires qui se tiennent chaque jour dans un ou deux arrondissements, sur un rayon de 13.000 km2. Appelés communément « louma », en plus du fait d’être la pierre angulaire de la sécurité alimentaire locale, ces marchés sont de véritables lieux d’échanges commerciaux. Il s’agit de carrefours où les peuples se rencontrent et échangent et s’enrichissent autant par le brassage que par les marchandises et l’argent.

Le village de Guia refuse du monde tout les mardis, à l’heure de son fameux marché hebdomadaire. Cet important « louma », avec ses dédales dans des espaces denses où les vendeurs animent d’innombrables échoppes, offre en effet toutes sortes de marchandises à la clientèle. Situé à quelques cinq kilomètres de Podor, le village de Guia est lové sur le fleuve, juste après la traversée du pont Seydou Nourou Tall. De sorte que par sa proximité, son marché est une véritable aubaine pour les habitants de la ville de Podor qui, très tôt le mardi, envahissent la gare routière pour s’y rendre. Capitale de la patate douce, Guia est aussi, à cette occasion, le point de convergence de tout un département. Tous les mardis, entre vendeurs et acheteurs, c’est la satisfaction de la demande locale, notamment en céréales comme le riz, le mil et le maïs.

L’impact du programme sahélien de sécurité alimentaire (Psad)

L’importance des transactions de riz local en cet endroit, permet de dire sans risque de se tromper que la campagne sous-régionale de développement de la riziculture, lancée dans les années 2000 par le Programme sahélien de sécurité alimentaire (Psad), dans le cadre de la décentralisation et qui regroupe le Burkina-Faso, le Mali et le Sénégal, se porte bien. « Le riz local est une filière stratégique pour une souveraineté alimentaire dans la Cedeao », tel est le slogan qui marche. Mieux, l’initiative du consommer local, soutenue par des Ong des trois pays, a fait tache d’huile dans nos marchés hebdomadaires. Ainsi, on peut y trouver le sac de riz jusqu’à 8.000 francs, d’où un attrait certain pour les Mauritaniens qui viennent s’approvisionner pour le revendre chez eux au triple du prix d’achat. Toutes ces denrées exposées dans des sacs sont cultivées localement. Les groupements communautaires de femmes ont su imposer les produits du cru avant n’importe quelle autre denrée importée de l’étranger. Derrière les échoppes, les vendeurs à la criée appellent les clients à l’aide de haut-parleurs portables. Exception dans le marché des céréales, Aïssata Ibrahima Sy, une femme de Diatar, expose dans son échoppe des boubous teints à l’indigo d’une rare beauté, vendu 12.000 francs la pièce.

Le lendemain mercredi, cap sur le village d’Agnam, dans le Guédé, qui prend le relais. Situé sur la nationale II, son marché hebdomadaire est connu pour la grande affluence des petits ruminants, moutons et chèvres venant de Biddy et Nenette, dans le haut Diéri. Ces bêtes vendues entre 7.000 à 10.000 francs sont destinées aux restaurateurs et autres tenanciers de « dibiteries ». Avec les premières pluies qui ont reverdi le Diéri, le cheptel a les flancs dodus, d’où une légère hausse des prix. « Tous les animaux ont pris du poids, nous sommes en droit de revoir nos prix à la hausse », souligne Hamedine Sow « Peul bou rafet », un téfanké (vendeur d’animaux d’abattage) de Décolé-Tarédji. Comme pour répondre à la demande, les vendeurs de produits et d’aliments du bétail sont aussi présents à Agnam. En effet, si les animaux sont adaptés au système de production et au climat local, ils ont besoin d’autres produits issus de l’agriculture comme le son qui est un aliment de compensation et un complément nutritif pour ces espèces et qui permet aux éleveurs d’en tirer de meilleurs revenus. Dans cet univers animalier se sont tissés des réseaux de femmes qui ont mis sur pied un système de commercialisation du lait caillé et du yaourt, à l’image de l’association Dental Bamtaare Tooro, dont les membres ont été à la grande école vétérinaire. Elles mènent toutes leurs activités en parfaite coordination avec le médecin vétérinaire du département.

Le jeudi, c’est au tour de Thillé-Boubacar d’être lieu du grand rendez-vous des échanges commerciaux. Le « louma » est célèbre dans le département de Podor. Véritable carrefour du donner et du recevoir, le marché hebdomadaire de Thillé, chef lieu de l’arrondissement du même nom, est connu pour le brassage de populations d’horizons divers qui s’y développe. On y vient même du Dagana voisin, pour faire son business. Là, c’est la foule dense, avec des badauds qui arpentent le marché, parfois sans projet d’achat précis. Dans leurs stands, des vendeuses exposent des produits locaux : du savon traditionnel aux parfums locaux (encens), à la vannerie et poterie. D’autres proposent de la poudre d’herbes médicinales, du gingembre, du pain de singe, du « sump » (balanites) et des jujubes. Zone agropastorale par excellence, Thillé-Boubacar est aussi un grand marché de vente de bétail. Ce succès fait qu’en 2008, la douane y avait opéré d’importantes saisies de marchandises frauduleuses. C’est tout de même le lieu de rencontre de tous les commerçants qui vont ravitailler les abattoirs du pays. Même les Mauritaniens y trouvent leur compte. On les voit traverser au niveau du petit village de Vada (situé à quelques kilomètres de Thillé) avec du cheptel destiné à être vendu au Sénégal. Chaque bovidé paie la somme de 17.000 francs pour la traversée. On trouve son équivalent dans ce créneau au marché de Fanaye (à quelque 15 kilomètres) qui est un pôle d’attraction, le samedi, avec le « louma » de Médina à l’extrême ouest. Tout comme le louma de Galoya. Des camions remorques sont stationnés, attendant de charger du bétail vers Touba et Dakar. Thillé-Boubacar fournit aux marchés de ces villes jusqu’à 20 % de leur approvisionnement en viandes. Ici, tout le monde se connait. Les habitués s’y rencontrent chaque semaine pour échanger. Ils y ont également trouvé des niches de marchés pour les produits issus de l’élevage : des peaux d’animaux étalés le plus souvent après un passage à la tannerie. « Pour être transformées localement », confie Yéro Bâ, un important homme d’affaires qui vend en gros de la viande pour les grandes villes.

Le lundi, c’est le passage au louma de Ndioum. En raison de son importance, les passagers en partance pour Matam ont du mal à traverser la nationale II, encombrée par les nombreux étalages le long de la voie. Des sacs de céréales sont exposés tout au long de la route au choix de l’acheteur. Entre six variétés de riz local, décortiqué ou non, du mil et du maïs, le client n’a que l’embarras du choix. Non loin de là, Mamadou Diop, en habit mouride, expose une gamme variée d’espèces végétales. « Ces plantes poussent toutes au Sénégal et sont destinées chacune à une thérapie spécifique », dit-il. Fort sollicité, il ne cache pas sa satisfaction de voir que le regard des scientifiques sur « les savoirs ancestraux liés aux plantes a changé ». Ici, comme dans presque tous les « loumas », les fruits et légumes que l’on trouve dans les étals sont aussi, presque tous, des produits locaux. La production maraîchère et céréalière locale, qui est saisonnière, est peu soutenue. Pourtant, elle est une véritable réponse à la demande locale. Les marchés hebdomadaires sont bien approvisionnés ; ils sont une sorte de carte de visite de nos produits locaux en pleine diversification, le symbole d’un solide réseau de contacts commerciaux. En termes d’économie rurale, les « loumas », qui sont de véritables pôles d’échanges commerciaux, sont la réponse du marché local à la demande sociale. Le niébé, le manioc, l’aubergine, la carotte, la salade, l’oignon, la tomate (vendue entre 10 et 25 francs le Kg), cultivés localement peuvent satisfaire la demande. Mais il faut un soutien adéquat pour que les loumas, les paysans et les pasteurs jouent pleinement leur partition dans le consommer local. D’ailleurs, pour M. Najirou Sall, de la Fédération des Ong du Sénégal (Fongs), il reste du chemin à faire pour « mieux organiser ce système. Il nous faut un solide mode d’organisation, parce qu’il y a une absence de visibilité dans les transactions. Le meilleur exemple, c’est l’élevage, qui est une richesse méconnue. La société sénégalaise ne doit pas rêver ». Pour M. Sall, les loumas peuvent constituer « une courroie de transmission à la commercialisation, pour la création de valeur ajoutée dans un secteur informel où la faiblesse des infrastructures et l’absence d’informations actualisées sur les marchés empêchent de vendre à des prix compétitifs ». Pour ce cadre d’Ong, on doit pouvoir négocier et influencer les politiques commerciales envers les « loumas » « par rapport aux vœux du consommateur ».

Prix compétitifs

Dimanche, enfin, place aux marchés hebdomadaires de Tarédji (à 22 kilomètres de Podor sur la nationale II) et de Dodel à une cinquantaine de kilomètres de là. La pastèque rouge de cinq kg est vendue à 300 francs à Tarédji. Que dire du maïs grillé cédé à 50 francs l’unité et des sachets de sump (balanites) et de jujube qui coûtent 100 francs ? Alors que le lait caillé est en vedette. A Dodel, on a développé des pratiques commerciales qui maximisent l’écoulement des produits locaux entre Sénégalais et Mauritaniens. C’est le même cas de figure dans les « loumas » de Médina Ndiathbé dans le Cas-Cas et Galoya dans le Saldé. Malgré leur éloignement, ces « loumas » sont devenus le poumon économique des localités environnantes. Sénégalais et Mauritaniens ont ainsi pu élaborer ensemble des mécanismes utiles à l’harmonisation de leurs relations commerciales à travers le troc. La preuve est donnée par le nombre de sacs de riz qui traversent à partir du pont de Médina Ndiathbé, pour la Mauritanie, le jour du « louma ». L’engouement des Mauritaniens pour notre riz local est visible au nombre de charrettes pleines qui se dirigent vers les berges du fleuve Sénégal. Au vu de la faiblesse de la monnaie mauritanienne au change du franc Cfa, la solution trouvée est le troc. On échange par exemple, une télévision, une vidéo, un salon marocain, des téléphones portables, contre des céréales ou des sacs de charbon. Dans ces zones reculées où souvent les douaniers se perdent, c’est l’unique moyen de commerce entre deux peuples qui ont, de tout temps, cohabité dans l’entente. Seul le marché peut remplir ces fonctions socioculturelles. Ce qui explique ces paroles de Jean-Pierre Guingané, homme de lettres et sociologue burkinabé : « en raison du besoin très enraciné chez l’homme de communiquer et d’échanger, le marché est une des plus vieilles institutions de la société africaine ».

LE SOLEIL

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Un commentaire

  1. occupational therapy

    3 janvier, 2011 à 13:25

    Superb blog post, I have book marked this internet site so ideally I’ll see much more on this subject in the foreseeable future!

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